La société des socialistes, Le PS aujourd’hui. Rémi Lefebvre.

Les auteurs entament leur ouvrage en relatant un point de vue assez général sur le parti socialiste Français, celui d’un parti dominé par une lutte des chefs et son chamboulement par l’arrivée impromptue d’un nouveau candidat (à l’investiture) dans l’arène, Ségolène Royale. En effet, cette dernière n’était pas attendue et s’avère très atypique en comparaison avec les autres candidats, notamment par son arrivée sur le devant de la scène.
Auteur: Maxime Bost
Avant, a l’époque de François Mitterrand, le candidat était désigné par des délégués du parti, ce qui a changé en 1994 avec la mise ne place d’un vote militant à cet effet. Ce changement a eu pour conséquence de créer une situation d’opposition entre deux candidats (Emmanuelli et Jospin), mais, même avec cela, jusqu’à la défaite de 2002, on avait un personnage qui était considéré comme étant le leader naturel du parti. De plus, tous les candidats avaient jusque la exercés des mandats électifs nationaux, ce qui n’est pas le cas de Ségolène Royale.
La candidature en Rupture de Ségolène Royale
Ségolène Royale sort, en plusieurs points, du moule des candidats à l’investiture socialiste. C’est une femme dont le compagnon est premier secrétaire du parti. Elle n’a jamais gouvernée la PS ni été à la tête de l’un de ses courants. Elle n’a siégée qu’une seule fois au bureau national et au secrétariat du parti pendant une très courte période avant de démissionner. Elle reste à l’écart des congrès et n’a jamais exercée de fonction importante dans les instances nationales du PS. Elle est arrivée sur le devant de la scène après un calcul bien préparé de mise en avant de son côté de femme libre et victime du machisme lattant au sein du parti , le tout soutenu par les sondages, relayés par les médias qui finissent par consacrer sa candidature.
Prégnance du pragmatisme électoral
La différence qu’elle a avec les autres représentants du parti est un as tout pour elle, mais ce n’est pas la seule cause de cette réussite. L’état du PS joue aussi un rôle dans cette arrivée. En effet, le pragmatisme et le cynisme ambiant au sein du parti, dans le but de conquérir et de garder le pouvoir, a créé un climat de dés adhésion des militants envers les représentants du parti, du faite qu’il n’y a pas assez de correspondance entre les discours et les actes, ce qui tend à les discréditer.
Démocratie Partisane versus démocratie d’opinion
Les médias et les sondages ne sont pas les acteurs principaux de ce qui se passe au sein du ps. Le succès de Ségolène Royale vient aussi des la détérioration des structures des courants internes au PS, du désarroi des militants comme expliqué plus haut, mais aussi des nouveaux militants qui ont bénéficiés de la cotisation à 20 euros et qui ne sont pas intégrés au parti, ce qui fragilise les contrôles du PS sur le vote de ses militants.
I. Forces et faiblesses du socialisme Français.
Le PS est, en France, le premier parti de gauche, depuis 1974, qui rassemble largement les votes des salariés.
Un parti Toujours fragile
Malgré cela, le PS est le plus faible des partis sociaux démocrates européens en nombre de militants comme en poids électoral. De plus, il ne récupère pas à son profit les nouveaux mouvements militants (SDF, Sans Papier, etc.). Enfin, ses militants sont de plus en plus vieillissants et il perd petit à petit les votes des salariés.
L’insuffisance des explications exogènes
Il y a en effet une partie des explications qui peuvent êtres trouvées dans les changements de la société, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à expliquer ces difficultés que rencontre le parti. On observe ainsi, une perte de mobilisation de la part des élus, puis des militants.
La faiblesse structurelle du socialisme Français
Le PS éprouve des problèmes a mobiliser durablement l’électorat que constituent les classes populaires qu’il tient de son héritage de la SFIO et du conflit qui l’opposât à la CGT, ainsi que celui qui l’opposa au PC. Depuis cette époque, le PS n’a jamais été un soutien politique pour les syndicats et ces derniers n’ont jamais étés ses relais auprès de la population.
Le poids Historique du socialisme municipal
Le PS dispose d’un encrage municipal très fort et le niveau municipal a toujours été très indépendant de la tête du parti, tout en lui fournissant un soutien important. Les municipalités sont ainsi une force de pression au sein du PS, ce qui est également montré que les réseaux militants sont d’abord locaux et plus difficilement mobilisables pour les enjeux nationaux. De plus, les représentants du Parti Socialiste sont en général issus d’un niveau social supérieurs à celui des ouvriers.
Les années soixante-dix : la parenthèse militante
Ces années voient de nouveaux militants adhérer au PS, issus de secteurs ou il n’était pas encor implanté, notamment des jeunes trotskistes, des associatifs, des syndiqués (CFDT) et des salariés du privé, qui vont multiplier par deux son nombre d’adhérents. On observe égalent dans cette période une augmentation de l’importance des courants du faite de la mise en place d’élections proportionnelles pour élire les cadres du parti. Ces deux phénomènes participes à la remise en cause des « notables » issus de la SFIO et à une reprise en main des élus par le parti. Cela débouche sur une diminution de la distance entre les élus et la population (conseils de quartiers, etc.). Mais on peut tout de même relativiser l’importance ces changements, surtout pour ce dernier point.
2. Les élites socialistes, une société d’élus
Les transformations du parti socialiste sont liées à celles qui touchent ses élites (Compétition sociale et modalités d’accès aux postes). Les élus socialistes ont toujours été des « élus » du système scolaire, mais à la fin des années 1970, ils deviennent une société d’élus politiques. Pour la première fois, l’utilité, du soutien du président et d’un diplôme de l’ENA se fait sentir. Il y a une fermeture du parti dans les accès aux postes et dans le renouvellement de ses cadres et de ses modes de fonctionnement.
Les propriétés sociales des dirigeants socialistes comme enjeu politique et scientifique
Dans les années 1970, on passe d’une figure jauresienne légèrement « social-traitre », à une avant-garde du nouveau fonctionnement du monde (NMS). Le parti socialiste devient un parti « multiclasses », mais avec un encrage populaire. On observe cependant une diminution des ouvriers, employés, professions libérales, au profit des professeurs et des fonctionnaires.
Des élites militantes…
On observe une montée en puissance des militants, ce qui fait que les élus doivent se justifier devant eux de leur militantisme. On assiste à une valorisation du militantisme. Même les premiers énarques rejoignant le parti ont besoin d’un passé militant, pour pouvoir prétendre à des postes (Jospin, Chevènement, Rocard, Jox).
… Aux élites expertes
Pour les énarques des générations suivantes, on observe un accès rapide au pouvoir, sans avoir à être militant. De 1981 à 1984, les ministres sont sélectionnés parmi les militants méritants, puis après 1984, Mitterrand prend ceux qui lui sont attachés et qu’il a « testés » à l’Elysée. On observe une perte de puissance des notables locaux, notamment des maires. Les énarques sont ainsi devenus très importants dans le parti et dans ces grandes instances, alors qu’ils sont peu nombreux numériquement.
Les membres des cabinets : un personnel sur sélectionné
Les membres des cabinets ministériels, lors de l’arrivée du PS au pouvoir, ne sont pas en phase avec son idéologie, mais ils vont tout de même rester en place. La majorité d’entre eux sont issus des classes supérieures de la société.
Des élites locales de plus en plus professionnalisées
On assiste à une augmentation du budget et du personnel des collectivités territoriales avec la décentralisation, ce qui se traduit par une accession à des postes de la part des militants. Aujourd’hui, près d’un élu sur cinq n’a pas connu d’autre métier que la politique. On assiste donc à une professionnalisation de la politique. Il y a également une augmentation du cumul des mandats, ainsi que des suites logiques de postes (adjoints qui deviennent maires…). A partir de 1981, il est très difficile de percer et d’obtenir un poste au PS.
Un parti d’élus locaux
Il y a un très grand nombre d’élus locaux au PS, et cela a un fort impact sur le fonctionnement de ses instances, même nationales.
Un bouleversement de l’économie générale du parti
L’augmentation de la professionnalisation a bouleversé l’économie « morale » du parti. On travaille de plus en plus en termes d’élection. L’idéologie est donc mise au second plan et ce qui compte est la victoire aux élections. Cela a pour conséquence une diminution de l’influence des courants et les conflits internes se fondent de plus en plus autour des obtentions de postes qu’autour des idées.
3. La rétraction des réseaux socialistes
Le parti socialiste a des réseaux très déstructurés, avec des membres qui ne se revendiquent pas du PS. Les frontières sont floues et ce que l’on peut considérer comme le milieu socialiste est constitué des militants, des adhérents et des sympathisants. L’ouverture des années 1970 est aujourd’hui terminée, et il y a eu des conflits avec les groupes qui se sont rapprochés du PS dans ces années. Ces conflits sont généralement dus au passage au pouvoir du PS, ainsi que du déclin de ses groupes de militants (groupes d’action catholique, associations de bénévoles…).
Laïc et socialistes : des liens relâchés
Les groupes de défenseurs de la laïcité et des écoles publiques sont en déclin, surtout après la disparition de l’école normale d’instituteurs et la scission du FEN en 1992. Les instituteurs et les professeurs sont très présents au sein du PS, même s’ils sont en diminution (notamment les instituteurs).
Où sont passés les « cathos de gauche » ?
On a observé une augmentation des catholiques de gauche au sein du PS dans les années 1970, même si les plus ouvriers d’entre eux se sont plutôt tournés vers le parti communiste. Ils sont souvent issus du scoutisme, de groupes d’action catholique ou de la CFDT, mais les liens vont fortement s’éroder à partir des années 1980. Ils vont entrer en rupture avec le fonctionnement du PS et donc progressivement s’en écarter. Mais il y a aussi une raison sociologique, avec la diminution de la croyance au sein de la population.
L’extrême gauche étudiante
Dans les années 1970, le PS reçoit des experts trotskistes, mais ce réseau se tarit rapidement du fait que le PS est de plus en plus détesté à gauche et qu’il n’effectue qu’un faible recrutement à l’université.
Un rapport problématique au monde associatif
Il y a rapidement une diminution des entrées au PS à partir des associations qui n’est pas seulement due aux changements qui affectent le PS, mais également à la professionnalisation de l’associatif. Les associations, dans certains cas, sont devenues des « services publics ». Elles ont également besoin de beaucoup de fonds, et l’engagement militant au sein d’un parti est souvent négatif pour l’obtention de subventions. Enfin, le PS cherche trop à encadrer et contrôler les associations, ce qui fait qu’elles travaillent rarement avec ce parti.
Des faiblesses syndicales accusées
Il y a une diminution des relations avec les syndicats, même si ces dernières étaient déjà faibles à la base, du fait d’un manque d’écoute et de dialogue de la part du PS. Il y a également le fait que la CFDT (syndicat le plus proche du PS dans les années 1970-1980) a effectué un recentrage vers l’apolitisme et a quitté la gauche. FO a été en conflit avec le PS dès les années 1970. Enfin, on observe un rapprochement avec la CGT, mais il n’est pas effectif, du fait d’une trop grande méfiance réciproque.
4. La société des militants : un tout petit monde
La rétraction des réseaux socialistes a créé une situation dans laquelle il se trouve un faible renouvellement du parti, avec des adhésions de plus en plus familiales et intéressées. Mais la baisse du nombre d’adhérents est aussi due au contrôle du parti par les leaders, qui essaient de garder le pouvoir en contrôlant les adhérents. Cependant, dans le même temps, on essaye de mettre les militants sur le devant de la scène, en leur donnant de plus en plus d’importance, notamment en lui faisant élire les candidats, le premier secrétaire… On observe également une augmentation des militants les plus diplômés et une diminution de tous les autres.
Des militants en faible nombre et géographiquement concentrés
Le parti socialiste est vu comme un regroupement d’élus entouré d’aspirants à l’élection. En effet, la perte de la moitié des adhérents du PS entre 1989 et 1995 donne cette impression. La faiblesse des effectifs aide ainsi l’assise électorale des élus. Les militants sont géographiquement très concentrés dans quelques de sections, notamment celles où le PS est vainqueur. On observe ainsi une brusque diminution du nombre d’adhérents lors de la perte d’une ville.
Le contrôle des adhérents : un enjeu majeur
Le militantisme majoritaire de ville est plus attractif que le militantisme d’opposition. En effet, il y a des intérêts à être dans la majorité, car cela permet une diminution des coûts de militantisme et donne certains avantages. Lorsque les ressources militantes sont fortes et que l’élu exerce un contrôle sur ces dernières, cela lui donne un soutien très important, mais il y a toujours une logique malthusienne des élus, pour ne pas risquer de perdre le contrôle de leur section. C’est ici un frein majeur à l’engagement et à l’arrivée de nouveaux militants.
Difficile relance de l’adhésion
La défaite de 2002 a attiré de nouveaux adhérents au PS, qui n’y sont cependant pas restés parce que mal accueillis, surtout s’ils étaient critiques vis-à-vis du parti. Depuis lors, il y a eu plusieurs initiatives pour favoriser de nouvelles adhésions, notamment la création du statut de sympathisant (qui n’a pas très bien fonctionné), ou de l’adhésion à 20 euros (qui a, elle, très bien fonctionné, avec 80 000 adhérents supplémentaires, qui ne sont cependant pas restés dans le parti).
Des militants peu représentatifs
On assiste à une augmentation de l’embourgeoisement des militants du PS et à une diminution des classes les plus basses. Le PS est bien plus orienté vers les militants du secteur public que du secteur privé et ces militants sont de plus en plus âgés. Les jeunes militants sont en effet les plus enclins à s’en aller. Il y a également une diminution de l’encrage des militants du PS dans d’autres réseaux partisans. Le niveau d’études n’est pas non plus représentatif et est très largement supérieur au niveau moyen de la population. Cette tendance est en augmentation chez les nouveaux adhérents. On a ainsi un décrochage du parti avec la population et la réalité du terrain.
Le rapport à la cause socialiste : le règne du relativisme
La faiblesse des adhésions du PS vient aussi du fait que la cause socialiste s’est affaiblie. Qu’est-ce que le socialisme aujourd’hui après le passage au pouvoir ? La définition est trouble, même au sein des militants. Il y a également une mauvaise image du parti, notamment à gauche.
Culture du débat et redéfinition de l’excellence militante
Il y a un paradoxe entre les problèmes du socialisme et la nécessité d’énoncer et de proposer un programme. Il y a beaucoup de discussions importantes au PS, même si elles sont très encadrées. On assiste à la mise en avant d’un nouveau type de militantisme, celui qui participe à la réflexion. On a ainsi une dévalorisation du militantisme de terrain et une augmentation de la démocratie participative au sein du PS. Cependant, cela a des effets intimidants sur les militants les moins instruits qui ne sont pas à l’aise avec les prises de parole.
Le retrait des militants socialistes d’origine populaire
Les nouvelles pratiques créent une rupture avec les anciennes coutumes du parti (unanimisme, discipline de parti…). On a donc une rupture entre les anciens militants et ceux qui sont présents pour le débat, avec la mise à l’écart des premiers.
Une démocratie limitée et encadrée
Le but de ces pratiques de débat est de rompre avec la culture du respect de l’autorité des élus et de permettre une liberté de dire et de voter. Mais il y a une nécessité de relativiser cette idée. En effet, la mise en place de ces nouvelles normes avait pour but de permettre le contrôle des militants déçus en leur donnant la parole. Ainsi, les textes discutés sont proposés de manière descendante et les militants ne les amendent généralement qu’à la marge. Les militants sont d’ailleurs eux-mêmes très sceptiques quant à l’effet de leur vote et de ses discussions au sein du parti. Cette nouvelle approche ne supprime d’ailleurs pas les logiques de loyauté militante envers les courants ou les élus. Enfin, les fraudes lors des votes tendent à remettre en cause la réalité de la démocratie au sein du parti.
5. Transformation et démoralisation du militantisme
La réorientation du parti vers le débat a provoqué une dévalorisation, une délégitimation des autres formes du militantisme, ainsi qu’un durcissement des relations entre les militants. Ces derniers sont réalistes et pessimistes vis-à-vis de l’état du parti, mais trouvent malgré tout des raisons de rester dans ce parti. Nombre d’entre eux ont un emploi en rapport avec la politique et nous sommes peu éloignés de la société d’élus.
La transformation des répertoires militants
On assiste à une raréfaction du militantisme extérieur au parti (tractage, collage d’affiches…) et à une montée en puissance de l’utilisation des médias, qui prennent le pas sur la proximité militante avec les citoyens dans la logique du parti. On n’encourage ainsi plus le militantisme de terrain. Les activités militantes sont donc de plus en plus limitées aux périodes électorales. On assiste également à une diminution de la convivialité dans le parti, avec notamment la diminution de l’intérêt porté aux fêtes de sections et autres rassemblements.
Un exemple de section populaire
L’auteur nous montre l’exemple de la ville ouvrière de Wattrelow, socialiste depuis 1912. Ses militants sont vieillissants et généralement socialistes de pères en fils. Ils sont très attachés aux vieilles traditions militantes. Les cadres et les élus ont une grande influence sur le parti et sont généralement élus à de très larges majorités lors des votes internes. Ce n’est pas ici un cas isolé, et ce même schéma se reproduit dans de nombreuses villes. Cependant, cela est loin de représenter la majorité des cas.
Un univers hobbesien
La vie du parti est vue comme dominée par la lutte interne pour les postes. On ne s’apprécie pas (ou peu) à l’intérieur du parti, à cause de son fonctionnement et de ses enjeux. Les nouveaux arrivants sont vus comme des possibles futurs adversaires. La professionnalisation participe à cette augmentation de la concurrence et les luttes se font autant au niveau national que local, tous les militants y étant confrontés. Dans le passé, l’esprit du parti interdisait de montrer les divergences, mais ce n’est plus le cas de nos jours. La diminution de la convivialité est également due à la diminution des activités de rassemblement des militants. On peut observer trois types de militants : les élus, les militants peu actifs et les semi professionnels très actifs. On observe une recherche de gains par les militants actifs (mandats…), due à un nombre assez important de postes pour attirer les convoitises, mais assez faible pour créer de la frustration. Le PS est ainsi de plus en plus à la recherche de postes locaux. Ses logiques n’ont pas réellement été remises en cause par la mise en place des concours administratifs parce que les élus font toujours des choix sur la liste des personnes qui leur sont proposées. Le niveau national est atteint par les répercussions du local et est ainsi influencé par celui-ci.
Cependant, cette lutte interne pour les postes, même connues, n’est pas combattue. Ainsi, l’idéologie tend à passer après les intérêts personnels.
Le malheur militant
Il n’est pas aisé d’être militant au PS, du fait des déceptions et de la frustration, mais même si la souffrance est forte, les pertes seraient plus grandes en cas de départ du parti. Il existe plusieurs méthodes permettant de se désengager, tout en restant à l’intérieur du parti. On peut ainsi adhérer à d’autres organisations (ATTAC). Certains refusent de quitter le PS car celui-ci représente un élément important de leur vie. D’autres ne quittent pas le parti parce que les réseaux entourant le PS ont diminué, voire disparu, ce qui ne permet pas de se recycler en le quittant. D’autres encore restent par intérêt. Enfin, d’autres logiques consistent à prendre du recul critique par rapport au parti, ce qui a parfois pour résultat un réenchantement de certains militants pour la promotion de nouvelles idées.
6. La société selon les socialistes
Il y a une nécessité de comprendre la société pour trouver une solution aux problèmes qui la touchent. Les partis politiques sont vus comme les relais du social à travers leurs discours et leurs actions. Cependant, la vision du monde qu’ont les socialistes est biaisée par leur homogénéité et leur appartenance de plus en plus grande aux classes supérieures. Par le passé, le PS a eu une vision classiste et son but était de dépasser cette société de classe. Aujourd’hui, la situation est plus difficile, avec un problème d’identification des problèmes et de ceux qui en souffrent.
Une rhétorique longtemps ouvriériste
Pendant longtemps, les ouvriers étaient centraux dans l’idéologie du PS. Le but était de leur permettre la prise du pouvoir. A la libération, on assiste à un renouveau idéologique et l’intérêt général devient l’idée centrale du PS (selon Blum). On reste cependant dans une logique de lutte des classes (Guy Mollet). En 1969, avec la création du PS, le but devient de rassembler tous les travailleurs, puis de défendre le prolétariat. Dans les années 1980, on assiste à la disparition de l’idée d’abolition du salariat par la mise en place de l’autogestion et « les travailleurs » sont remplacés dans les discours par « les salariés ». Dans les années 1990, le parti réoriente sa défense envers les exclus et les substitue aux salariés. On assiste à une diminution de l’idée de la conflictualité sociale. Le but devient de servir l’ensemble de la société.
Les représentations du peuple dans le discours socialiste
On assiste à une disparition des clivages du monde social dans le discours socialiste. Le socialisme n’est plus une base de politisation des catégories les plus modestes. On assiste ainsi à une diminution de la part de la classe ouvrière dans le PS, en même temps qu’elle diminue dans la société en général. L’idéologie socialiste est très orientée vers l’individualisme et l’idée que les individus sont entrepreneurs d’eux-mêmes, ce qui est assez loin de la réalité. Le PS a ainsi tendance à devenir un prisme déformant de la réalité.
Après la défaite de 2002 : le bref retour « discursif » des catégories populaires
La défaite a été vue par certains comme un décrochement du PS par rapport aux classes populaires. Pour d’autres, celle-ci est due à des problèmes concernant les politiques mises en place entre 1997 et 2002. Il y a beaucoup de contradictions au sein du PS pour ce qui est de savoir qui il doit représenter en priorité.
Un peuple qui pose problème
Le peuple n’est pas facile à cerner pour le PS, avec des catégories de moins en moins faciles à comprendre et à représenter. On assiste ainsi à une instrumentalisation des différentes catégories de la société par les dirigeants politiques. Le problème est de savoir si ces catégories populaires sont plutôt stratèges et promptes à sanctionner les choix politiques, ou si au contraire elles ne comprennent pas tout.
Proximité et atomisation de la société
Le décrochage du PS avec les catégories populaires a créé des difficultés à leur faire passer un message et à les comprendre. Des tentatives sont faites dans ce sens comme par exemple le porte à porte électoral. Cependant, ce dernier ne permet pas de comprendre véritablement les attentes des individus.
Conclusion
De la lucidité des socialistes…
Les socialistes sont conscients des problèmes de leur parti et sont au fait de leurs travers personnels, mais ils sont pour lors plus orientés vers un cynisme intéressé que vers une véritable volonté de changer.
… à l’impossible rénovation du PS
Chaque défaite apporte une remise en question et chaque victoire referme la porte à une possible rénovation, car cette dernière n’apparaît plus alors comme nécessaire. Cependant, il ne faut pas céder au défaitisme : le PS peut changer, rien n’est définitivement perdu.
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